Comme tout le monde j'étais très fière la première fois que je suis allée travailler à la cinémathèque. Quel travail prestigieux. Etudiante en cinéma, et ouvreuse à la cinémathèque, j'étais ravie. Comme tout le monde je fantasmais le palais de Chaillot et ses années glorieuses. Je n'ai trouvé que froideur. Comme tout le monde je ne voulais pas me l'avouer en premier lieu. Difficile de dire que travailler à la Cinémathèque Française ne te plais pas. Alors comme tout le monde j'ai continué. Je n'allais jamais voir les films, je fuyais littéralement cet endroit et l'ambiance morose qui régnait dans l'équipe d'accueil. J'avais l'impression d'être totalement invisible. Et d'ailleurs, c'est presque mal vu de traîner et de s'intéresser trop au cinéma quand on travail en temps qu’hôtesse. On nous a quand même demander de ne jamais aller voir un film avec notre uniforme de travail. Que le public ne voit quand même pas que les hôtesses AIMENT le cinéma !

C'est à peine si on me reconnaissait. Personne ne te présente à l'équipe de la Cinémathèque en arrivant et les collègues de City One, tu ne les vois que lorsqu'ils viennent prendre la relève à ton poste. Après 6 mois de longues journées passées dans les expos et le musée, parfois 5 heures d'affilées sur la même chaise, j'ai demandé à être formée pour faire la caisse et l'accueil. On me disait toujours oui et à chaque formation on envoyait des nouvelles personnes, et j'apprenais plusieurs jours plus tard que je n'avais pas été prévenue du jour de la formation. Ça a duré un an et je n'ai jamais compris pourquoi, personne ne s'étant donné la peine de me donner une raison.

Au bout d'un an et demi de travail, le contrat entre City One et le cinémathèque étant arrivé à terme (fin 2014, 6 mois après la grève), ils ont renégocié le contrat. On savait que la procédure était en cours, mais seulement parce qu'on en parlait entre nous, personne ne nous avait dit qu'on était susceptible de perdre notre job à la fin du mois. C'était en décembre. Je suis partie en vacances. En revenant j'apprends que Cityone a gardé son contrat avec la cinémathèque. Je n'ai pas de nouvelle de leur part. On est début janvier. J'apprends qu'ils ont embauché un de nos manager pour travailler dans leur bureau. Ce dernier m'appelle, ça fait quelques semaines que je n'ai pas de nouvelles. Il est mal à l'aise. Comme je pense savoir ce qu'il va me dire je le détends, j'ai trouvé un stage super, je commence dans 3 semaines. Il est en effet soulagé et m'explique que la première chose qu'il lui ont demandé de faire à son nouveau poste, c'est expliquer à la moitié de ses anciens collègues qu'ils ne reconduiront pas leur contrat, à tous ceux qui ne sont pas formés d'une part, et d'autre part qui ne font pas beaucoup d'heure (j'en faisais entre 15 et 20). L'ironie ? Ce qu'il me dit était effectif depuis le 1er janvier, date de début du nouveau contrat de City One avec la Cinémathèque. Ça faisait environ une semaine que je n'avais plus de travail sans le savoir. Heureusement pour moi j'avais trouvé autre chose, tout aussi précaire ceci-dit, mais j'ai été choquée de la manière dont tout cela s'est passé. Un an et demi, un coup de fil rapide, et voilà tchao.