J'ai travaillé à la cinémathèque comme employé de la boutique -avant la création de la librairie proprement dite- lors de l'exposition Almodovar (2006). J'étais embauché par un prestataire de service, évidemment. Pendant plusieurs semaines, je suis resté près du couloir de sortie, entre une chanson en boucle qui semblait interprétée par Penelope Cruz -qui en fait était doublée- et le son de deux courts métrages -à peu près aussi fort- qui passaient eux aussi en boucle dans la salle attenante. Nous étions deux fort heureusement, car le libraire qui nous embauchait était lui un monsieur sympathique qui ne cherchait pas à tout prix à économiser de la main d'oeuvre, ce qui nous permettait de faire des pauses régulières, sans quoi je crois que nous serions devenus fous.
C'est à peu près à cette période que les agents d'accueil -souvent des passionnés de cinéma comme vous, comme moi- ont été externalisés. C'était déjà fait pour la sécurité. Un jour, j'ai discuté avec l'un des agents de sécurité, un monsieur d'origine ivoirienne, il était le seul à être syndiqué, me dit-il (CFDT), et il m'expliqua que la boite les envoyait de ci de là afin d'éviter de créer de trop grandes solidarités entre les employés. Quiconque l'ouvrait un peu trop faisait quatre ou cinq sites différents en grande banlieue la semaine, et tout rentrait dans le rang. À la cinémathèque, ils faisaient des services de 10h sans pause, et si quelqu'un s'avisait de s'en plaindre à la direction du lieu, on lui disait d'aller voir ça avec le patron de l'agence, qu'ici on n'y pouvait rien. Commode.
Je me suis souvenu à ce moment-là que le vigile du Forum des Images quand je fréquentais cet endroit était le même depuis longtemps. Il connaissait les habitués, était un collègue comme les autres, autrement dit une personne avec une voix, un visage, un nom.