Ayant travaillé 6 ans et demi à l'accueil de la Cinémathèque, j'ai un regard plus transversal sur la situation car j'ai eu l'occasion de connaître de nombreuses équipes d'accueil.
Depuis mon arrivée en décembre 2008, jusqu'à mon départ en mai 2015 je peux affirmer que la relation City One – cinémathèque est plus que problématique.

En effet, en 6 ans et demi, le refrain n'a jamais changé - entre autres : pressions généralisées, collègues à bout de nerf, repas à n'importe quelle heure de la journée avalé en 20 minutes, jamais un encouragement de la part de l'agence ou de la Cinémathèque, primes sucrées pour un oui ou un non, sans compter qu'il faut systématiquement se battre à la fin du mois pour percevoir son salaire au complet et son remboursement des transports pour qu'ils rectifient leurs «oublis ». Il est assez usant d'investir autant d'énergie dans des choses qui nous sont dues.  En CDI 25h mon salaire fluctuait entre 800 et 920 euros, sans explication.

Nous autres, équipe d'accueil, nous retrouvions donc seuls. Seuls, quand il faut prendre la responsabilité d'annoncer à une foule qu'il n'y a plus de place au risque de se faire insulter. Seuls, quand, pendant le succès des expositions Kubrick et Burton, des milliers de personnes s’agglutinent à nos caisses. Dans ces moments-là, « responsable de billetterie » rime souvent avec « fantôme ». Seuls aussi quand l'agence City One et la Cinémathèque se renvoient la balle en cas de problème sur le terrain.

Nos responsables billetterie, interne de la cinémathèque française ne se sont jamais intéressé à notre situation, elles l'ont même nié.
La première, froide et n'ayant manifestement aucun soucis de l'humain, à commencer par le simple « Bonjour » normalement de rigueur. J'ai aussi été surpris par ses moqueries méprisantes à l'égard des abonnés de la cinémathèque.
En ce qui concerne la deuxième responsable billetterie, chef de la précédente, j'ai très peu été à son contact en 6 ans et demi. Elle m'a adressé une fois la parole, le jour où,  j'ai assisté au suicide d'un abonné que je connaissais bien (je développe cette histoire plus bas dans mon témoignage).
D'une manière plus générale il est assez éprouvant de n'être soutenu ni par City One ni par la cinémathèque, sans parler de Monsieur Toubiana qui au vu de sa réponse à la lettre ouverte de ma collègue n'a pas l'air d'avoir travaillé au même endroit que nous.

Mais soyons honnête, puisque UNE seule fois, la Cinémathèque et City One se sont mis d'accord pour nous féliciter de notre travail après l'exposition Tim Burton. Le directeur, Monsieur Toubiana lui-même, avait convié l'équipe d’accueil à un petit déjeuner suivi d'un speech de remerciement, avec même une promesse : un « cadeau » pour tout le monde.
Le matin du rendez-vous nous apprenons que Monsieur Toubiana a un empêchement et qu'il ne pourra de ce fait être présent. C'est donc son bras droit qui s'occupe du discours. Malaise...
Mais après tout un empêchement peut arriver à tout le monde, nous recevons par contre bien le « cadeau » promis puisque le remplaçant du directeur est très heureux de nous distribuer à chacun une enveloppe, avec à l’intérieur... Une brochure de l'exposition Tim Burton. Double malaise...

Notre seule consolation était que nous étions une équipe d'accueil soudée et pour la plupart passionnés de cinéma.
Plus pour très longtemps... Mails de pression pour « re-motiver » les troupes, planning reçu la veille pour le lendemain, programmations de réunions non rémunérés lors de nos seules jours off (les mardis), harcèlement moral de plusieurs collègues femmes.
Les mois qui suivent, j'obtiens mon premier avertissement de la part de City One. Mon chef d'équipe ayant fait pleurer une de mes collègue à son poste en billetterie, j'ai un mot déplacé et assumé envers lui en privé dont est témoin un autre chef d'équipe. Deux jours plus tard je reçois une lettre à mon domicile disant que j'ai un avertissement pour avoir  « insulté mon supérieur devant le public ».
 Le rendez-vous à l'agence est pris pour une confrontation, j'explique l'histoire, que j'assume, mais je pointe surtout que le harcèlement moral dont ma collègue est victime.
Ma responsable C. G. me rétorque que je n'aurais pas du l'insulter en public mais en privé, en ajoutant : « Battez vous si vous voulez mais à cinquante mètres de la Cinémathèque » Je lui réponds que nous n'avions aucunement l'intention de nous battre et que les mots que j'ai eu avec cette personne, dont j'étais proche à l'époque, était en privé et qu'il n'y avait donc pas de public.
Ce que vont confirmer cette personne, chef d'équipe à l'époque, et le second chef d'équipe témoin de l'affaire. Ma responsable dont le jeu d'actrice est déplorable fait mine de comprendre et de s'intéresser à l'histoire de harcèlement moral que je dénonce et m'affirme qu'elle ne peut enlever mon avertissement pour autant.
A la suite de cet événément, quelques collègues et moi même demandons un rendez-vous à l'agence pour  pour pointer une nouvelle fois du doigt le harcèlement dont ma collègue est victime. Nous sommes reçu à l'agence, même jeu d'actrice de seconde zone, et aucune sanction ni mise en garde est envisagé.

Pourtant alerté à mainte reprise, nous n'avons aucune considération de l'agence et de la Cinémathèque face au mal-être de certains et ce déferlement d'injustices.

 Les jours passent et la liste des préjudices s'étoffe :
 Non respect des pauses obligatoires, accusation honteuse de vol, débordement raciste à l'égard d'un collègue qui est changé de site sans préavis pour un motif bidon, licenciement d'une autre collègue pour « faute grave ». Renvoyée publiquement, en pleine journée, dans la « salle des coffres » alors que l'équipe d'accueil est en train de travailler juste à côté.

Le 8 mai 2014, nous faisons grève.
C'est la première fois que je rencontre directeur du pôle art et culture de City One qui, découvre ses employés, lui aussi pour la première fois. A l'évidence il connaît très peu le sujet, il est clairement débordé par les questions et essaye de faire bonne figure devant nous, difficile au vu son visage bien rougeaud. Il essaie d'éteindre le feu en nous donnant rendez-vous à tous le lendemain matin à l'agence en nous promettant un dialogue équitable et la réhabilitation possible de notre collègue.
Le lendemain matin, le directeur des ressources humaines de City One  commence la réunion en disant que notre collègue ne réintégrera jamais la Cinémathèque puis prend un malin plaisir à dézinguer tout le monde . Son monologue et ses menaces déferlent puis la réunion s'achève, ainsi la grève.

L'après réunion/grève est très difficile à gérer pour beaucoup puisque bon nombre de mes collègues ne seront jamais reconduits et pour couronner le tout quelques mois plus tard la sentence tombe :
La Cinémathèque prolonge l'agence City One pour trois ans.
C'est la désillusion. Notre discours, une fois encore, n'a pas été pris au sérieux.
Nous avions vraiment l'impression d'être considéré comme des voyous à qui l'on donnerait une chance car les choses vont de mal en pis : mails de pression, visite régulière de l'agence pour s'assurer de notre  bonne tenue, installation de dizaine de caméra à l'accueil, à la billetterie et en salle des coffres, achat d'un coffre intelligent, installation d'un rideau de fer électrique en salle des coffres, obligation de faire un dépôt dans ce même coffre intelligent dès que notre caisse dépasse 100 euros de bénéfice, trois fautes de caisse autorisé minimum dans le mois sinon la prime saute, feuille mis en place pour comptabiliser les nombres de pause pipi des agents (2 maximums).
Nous étions passé du statut de petits voyous à une filiale du grand banditisme. Nous comprenons assez rapidement où est passé une partie de l'argent économisé en choisissant de renouveler le contrat avec l'agence « low coast » City One : il est dépensé en matériel de surveillance. A cette époque, je m'étonne moi-même de ne pas être obligé de porter un bracelet électronique...


Après cette affaire de grève, j'ai n'ai eu qu'une fois des nouvelle du directeur de la section pôle art et culture : quand l'agence City One m'avait crédité plus de 16 000 euros par erreur sur mon compte en banque. A ce moment, j'étais un vrai privilégié, j'avais le ponte du pôle art et culture et ma responsable de site, « le petit Mussolini », tous les jours au téléphone, même le week end.
Je n'ai pas le souvenir (mais je n'en suis plus certain), qu'il m'ait appelé suite au suicide d'un abonné, dont j'ai été témoin alors j'étais en poste. Moment très difficile à gérer pour moi. L'agence a été en dessous de tout et ne m'a jamais proposé quelques jours de congés payés, seulement proposer de ne pas venir le lendemain au travail.
Après quelques jours d'attente qui me semblent une éternité, la cinémathèque met en place un unique rendez-vous avec une psychologue et c'était bouclé. Tout ce beau monde est passé à autre chose. Excepté moi, - et, je l'ai appris en lisant les témoignages- une autre collègue a aperçu le corps de l'abonné inanimé. Elle n'a jamais eu le « privilège » d'un rendez-vous avec une psychologue malgré ses demandes à répétition. Honteux. L'image de l'abonné sautant et gisant sur le sol restera quelques mois dans mes pensées et mes cauchemars. Encore aujourd'hui.
En Octobre 2014, à bout, je demande une rupture conventionnelle, précisant bien que je suis encore traumatisé par cet épisode tragique et que c'est la principale raison pour laquelle il faut que je quitte la Cinémathèque.
A l'évidence ce n'était pas une raison assez crédible pour ma responsable City One et le directeur des ressources humaines. Ils pensaient certainement que je finirais, au vu du mal-être que je décrivais dans ma demande, par démissionner.  C'est d'ailleurs ce qu'ils m'ont suggéré.
Un nouveau coup bas, je me suis retrouvé honteux d'avoir partagé avec eux ma souffrance, pour espérer une sortie digne. Raté.
 Ils ont sûrement eu peur que je fasse quelque chose de regrettable en interne car huit mois plus tard, on m'impose carrément la rupture conventionnelle, suite  à une sombre histoire avec une nouvelle responsable de billetterie, m'accusant de mensonge et à qui je ne m'étais pas privé de signifier son incompétence.
La délivrance, j'obtiens dans la foulé mon deuxième avertissement.

Voici mon témoignage.
Anna n'est pas pas un cas isolé. Je tiens d'ailleurs à la remercier d'avoir redonné un peu de dignité à beaucoup de personnes qui ont croisé mon chemin à la Cinémathèque Française.