J’ai travaillé en tant qu’hôtesse d’accueil polyvalente, à la CF, durant une année (2011/2012), en CDI 35 heures.
Ce n’était pas mon premier emploi. J’ai, évidemment, retravaillé jusqu’à aujourd’hui. J’ai même déjà été embauchée par d’autres agences d’accueil. En toute objectivité, ma collaboration avec City One a été ma pire expérience professionnelle.
Dès les premiers jours, l’unique chef d’équipe masculin, F, me portait une attention particulière. Restant près de moi pour discuter pendant que j’étais en poste, à se déplacer jusqu’au banc du parc de Bercy sur lequel je lisais un livre durant ma pause. Son omniprésence trop chaleureuse et ses manières familières me gênaient. C’était un de mes responsables. Je restais donc polie. Lorsqu’il a été agacé que je ne lui montre aucun signe de séduction, il a commencé à être agressif et à me retirer des droits, comme m’autoriser moins de pause que les autres quotidiennement (m’expliquant que, sur l’ensemble de l’équipe, lors du roulement des pauses, j’étais celle qu’il oubliait). Se permettre de jeter à la poubelle une barquette de fruit, non entamée, que j’avais achetée pour l’équipe (il était interdit de manger en poste, cependant, il arrivait souvent que nous apportions des friandises, croissants ou autres pour l’équipe. Nos responsables, les premiers). M’ignorer lorsque je lui demandais de l’aide pour le logiciel de billetterie, prétextant que j’avais déjà eu l’information en formation (c’était à mes collègues de m’aider à résoudre un bug ou tout autres erreurs/problèmes informatiques, indispensables au bon déroulement de mon travail). Il était l’unique responsable à ne pas me soutenir lorsque je m’étais faite insultée par un visiteur…etc.
L’agence avait demandé à nos trois chefs d’équipe, à ce que l’on soit présent sur le site une demi-heure avant la prise de poste, sans que cette demi-heure soit rémunérée. Cette demande n’ayant pas de pouvoir légalement, elle n’a pas tenue longtemps. Au début de sa mise en place, il m’est arrivé de ne pas la respecter et de me présenter un quart d’heure avant, le temps suffisant pour porter mon uniforme et être à l’heure en poste. Une de ces fois où c’était F . qui était chef d’équipe en binôme avec une autre responsable, V., je reçu un texto avant d’arriver sur le site de V. me disant qu’il était exagérément en colère contre moi et qu’elle en ignorait les raisons. Ce message m’a fait craquer. Je suis arrivée au vestiaire en pleurs, étant épuisée par ce harcèlement quotidien. Je me suis confiée à V.. Elle a relayé l’information auprès de M. notre interlocutrice de l’agence City One. Celle-ci a discuté avec F. qui a nié les faits. Je n’ai pas eu le droit de dire mon mot. M. m’a demandé de prendre du recul. Selon elle, il était évident que F. ne le faisait pas consciemment puisqu’il était quelqu’un de « gentil ». On m’a ensuite demandé de retourner à mon poste, que j’avais quitté cinq minutes pour avoir cette conversation. Ma confession n’a pas été prise en compte et plus personne n’a reparlé de l’affaire. Son comportement, par la suite, n’a pas beaucoup évolué. Il me rabaissait et me contredisait presque toujours systématiquement lorsque je parlais. Je communiquais avec lui uniquement lorsque je n’avais pas le choix, appréhendant toujours sa réaction. Nous avons commencé à avoir un rapport professionnel normal, au bout de huit, neuf mois de collaboration. Cette période correspond au moment où il s’était mis en couple.
A. était la plus ancienne chef d’équipe du site. Elle avait ses hôtes favoris, principalement chez les garçons et était moins aimable, voir pas et de façon visible, avec les filles, présentes en majorité. Il lui arrivait de souffler au téléphone pour une demande nécessitant son aide, de ne pas vouloir donner des pauses ou faire des changements pour alléger les quatre à cinq heures en postes des filles de l’équipe, d’oublier Anna (qui était nouvelle) à l’entrée de Tim Burton pendant six heures et de rire devant tout le monde lorsqu’elle s’en était aperçu (en plus de mettre la faute sur elle, qui aurait dû, selon A., se manifester), tenait des propos racistes avec des phrases telles que « Je n’aime pas les noirs ! », d’avouer qu’elle ne soutenait ni ne défendait les causes des agents d’accueil pour rester extérieure à un quelconque conflit (selon elle), de raconter des potins pour en créer, de dénigrer des hôtesses devant d’autres…etc. J’avais dénoncé son comportement à l’agence. M., notre interlocutrice, avait répondu qu’A. était quelqu’un de « jaloux de la jeunesse des hôtesses », que l’agence la « connaissait bien », que c’était des « simples enfantillages » et que je n’avais pas à relever. Elle n’a même pas été convoquée.
L’abandon de poste était considéré comme une faute grave qui, selon l’agence, était un motif de licenciement. Un jour où j’étais malade, j’avais envie de vomir en étant à l’accueil. Ne pouvant quitter mon poste sans y être autorisée, ma collègue avait appelé A. pour l’en informer. Celle-ci avait demandé à ce que je ne quitte pas mon poste tant qu’elle ne nous avait pas rejoints. J’ai dû rester pencher, souffrante, devant la poubelle de l’accueil, essayant de me cacher de mon mieux des visiteurs. A son arrivée, elle m’a autorisée à aller aux toilettes le temps qu’elle me remplace, me précisant de revenir le plus vite possible car elle était occupée. J’ai dû faire appel à un autre responsable pour avoir le droit de rentrer chez moi. Je suis passé chez mon médecin qui m’a arrêtée trois jours. J’ai eu le droit à un message de M. me faisant part de son agacement à me remplacer, « déjà que ça lui avait été contraignant de le faire à la dernière minute pour la journée, autant pour l’agence que mon équipe », selon elle.
Durant un an, je me souviens avoir été absente à deux reprises. Cette fois où j’étais malade et une autre où j’avais demandé des jours de repos, en janvier, pour le mariage de mon cousin en juin. Les jours de congés m’avaient d’abord été refusés. On m’avait répondu qu’il était interdit de s’absenter durant l’exposition Tim Burton. Je leur avais répondu que cette règle n’apparaissait pas dans le contrat. On m’avait répondu qu’elle ne faisait pas partie du contrat, mais avait été annoncée lors du recrutement. Je leur avais répondu que si ça avait été le cas, je leur en aurais parlé, puisque je connaissais déjà la date du mariage un an avant. Je n’avais pas eu de suite à ce mail. Après plusieurs semaines où je les avais relancés régulièrement et sans réponse, j’ai enfin eu M.au téléphone. Elle refusait de me donner mes congés pour la raison évoquée précédemment. Après lui avoir annoncé que dans ce cas je les quittais avant le mariage, elle a enfin accepté. J’ai dû donner des justificatifs pour prouver que j’étais bien à un mariage, pour des congés payés dont j’avais le droit par mon contrat et que je n’avais jamais encore posés. Pour chaque absence justifiée, l’agence tentait de faire culpabiliser avec des arguments comme « une personne en moins rend le travail d’équipe plus difficile », « modifier le planning ajoute une charge de travail, par notre faute », « un contrat ponctuel n’aura pas le droit à un jour de repos, puisqu’il est obligé de nous remplacer »…etc. C’était la première fois que j’évoquais l’idée de partir. Ce désir n’était pas une forme de chantage. Il était bien réel. Je considérais l’exposition moins importante qu’un événement familial. Après avoir réalisé que ce travail empiétait trop sur ma vie privée, j’ai recontacté M. pour lui annoncer que je désirais rompre mon contrat.
Toute demande (de prendre un jour de congé, à récupérer la part de salaire oublié) devenait un combat. Mails ou textos sans réponse. Appels qui n’aboutissaient pas à la personne concernée. Messages pas relayés. Nous n’étions pas considérés et ouvertement. Nous étions traités comme des personnes capricieuses.
Les erreurs de caisse étaient un sujet pour être convoqué. Pas le droit de créer des affinités avec les autres sociétés prestataires et les salariés de la cf. Si on prenait une pause cigarette, il fallait, sur le peu de temps de pause octroyé, trouver des stratégies pour se cacher des salariés de la cf. Il arrivait de patienter un long moment avant d’être autorisé à aller aux toilettes ou à quitter son poste lorsque l’un d’entre nous se sentait mal ou juste, pleurait à son poste (obligation de suivre les nombreuses procédures au risque de se faire renvoyer). On avait la pression à force de se sentir constamment surveillés et une peur démesurée de faire des erreurs. La bonne ambiance et les amitiés qui se formaient dans l’équipe étaient mal perçues. Les liens avec les abonnés où les autres salariés de la cf devaient être discrets, car ils étaient interdits par l’agence. Les plannings étaient modifiés dans la journée (Il arrivait de finir plus tard que l’heure annoncée sans pouvoir être remplacé. On devait s’adapter constamment).
Les faits évoqués plus haut ne sont que des exemples sur les nombreux événements désagréables que nous subissions quotidiennement.
Lorsque l’attachement à l’équipe et au lieu ne me suffisait plus à tenir moralement, j’ai demandé à rompre le contrat (cf : suite à ma demande de congés). M. a refusé mon départ, contrecarrant mes arguments un par un en les banalisant. Après un temps de réflexion, je me suis à nouveau tourné vers elle. Je souhaitais partir coute que coute. Face à mon obstination, elle m’a finalement proposé une démission. Cette offre ne me permettait pas d’avoir le chômage. J’en avais besoin, le temps de retrouver le même poste, sur un site culturel en CDI, sans passer par une société de sous-traitance. (jusqu’à aujourd’hui, je n’ai toujours pas trouvé de CDI en dehors d’une société de sous-traitance dans le même domaine.). Aucun employé n’est exemplaire, mais j’effectuais quand même mon travail et respectais les règles de mon mieux. Je n’avais jamais été convoquée, ni eu de reproches sur mon comportement (hormis leurs tentatives de me faire culpabiliser). Même si mon enthousiasme m’avait quitté dans ma vie privée, je m’efforçais à ce que cela ne change rien à mon sourire et mon dynamisme habituels. Je pensais être dans mon bon droit et ai donc demandé à M. de me diriger vers un de ses responsables, pour que je puisse avoir un autre type de rupture. Elle m’avait répondu qu’elle s’occuperait de transmettre l’information, en ajoutant que je n’aurais aucune chance d’obtenir ce que je veux. Après au moins deux semaines sans nouvelles, je m’étais permis de contacter d’autres personnes de l’agence, sans suivre le protocole de passer par M. J’avais réussis à avoir la responsable de l’agence au téléphone. Avant cela, évidement, j’avais insisté sur plusieurs jours. J’ai expliqué ma demande et les raisons de mon départ. Elle n’a pas relevé les raisons et m’a, à nouveau, proposé une démission. Pour une fois, j’étais en colère. J’avais beaucoup subis et sans faire de scandale. Sur un coup de tête, je les ai menacés de les dénoncer aux prud’hommes. Après plusieurs séries d’entretiens téléphoniques où l’agence me prenait enfin au sérieux, j’ai eu le droit à un rendez-vous qui m’a amené à une rupture conventionnelle à condition que je reste jusqu’à la fin de l’exposition Tim Burton, deux mois et demi plus tard. J’ai accepté. Je souhaitais partir au bout de six, sept mois. On m’a forcé à rester un an.
A l’époque, j’ignorais que ce que j’avais subis pouvait avoir du poids face aux prud’hommes et que c’était pour cela que j’avais obtenu ce que je désirais. A force de ne pas être considérée dans un métier épuisant moralement et physiquement pendant plusieurs mois, j’arrivais quand même à douter de ma légitimité. Je pensais donc, tout comme l’agence me l’avait laissé croire, que ma victoire sur ma rupture de contrat était un privilège, un service rendu de leur part. Je n’ai pas eu le droit à la prime de la fin d’exposition de Tim Burton, contrairement à tous mes autres collègues en CDI. M. s’était expliquée avec l’argument « qu’une rupture conventionnelle coute chère à une agence ». Ils gardaient donc ma prime pour combler mes frais. Je n’ai pas insisté. Etant enfin libérée d’eux, je souhaitais ne plus avoir de contact.