J'ai découvert la Cinémathèque vers l'âge de six ans, dans le cadre de Chaillot.
Ce lieu avait une charge fantastique.
Le respect imprégnait le lieu et les gens qui y pénétraient.
Lorsque je me renseignais auprès d’un agent d’accueil dans les locaux de Bercy et que j’appris le nom de City One je fus surpris.
Mais la joie d’avoir une piste pour travailler à la Cinémathèque balaya tout.
J’étais à l’époque apprenti comédien dans un atelier avec vingt heures de cours par semaine.
C’est la seule réserve que je posais lors de l’entretien d’embauche planifié très rapidement.
« Nous recherchons des profils variés et nous adapterons sans problème les plannings en fonction de vos impératifs. » me répond la très souriante chargée de recrutement.
Le rêve !
Il s’est avéré que j’ai manqué énormément de cours (plusieurs mois dans l’année) car les plannings que nous recevions parfois le dimanche soir pour la semaine, ne prenaient pas en compte nos impératifs.
Un jour que j’abordais ce sujet avec la personne même qui m’avait recruté, je me vis répondre : « Vous mentez, il n’a jamais été question d’adapter les plannings. »
J’étais hébété.
Nos plannings étaient fantaisistes, avec parfois de longues pauses de plusieurs heures entrecoupant la journée.
Nous pouvions terminer avec la séance de 22h (il fallait ensuite compter sa caisse et faire signer le bordereau par le chef d’équipe, ce qui repoussait l’heure du départ) et commencer le lendemain à 9h (ave consigne d’être présent à 8 h30 sans défraiement pour cette demi-heure supplémentaire).
Il nous était demandé d’adopter une approche standardisée de l’accueil, mais cette demande n’est pas réaliste en ce lieu.
La Cinémathèque draine des passionnés de tous horizons et de toutes générations.
Cette passion ne peut être canalisée qu’avec l’empathie et la bienveillance, certainement pas avec des attitudes formatées.
Les habitués de longue date étaient le cauchemar des personnes chargées de l’accueil des publics, rêvant d’une foule de jeune trentenaires « présentant bien ».
Remarques sur leur physique ou leurs attitudes, toujours dénuées de bienveillance.
Un jour que j’aidais à réserver des places qui allaient être offertes à des personnes dans le besoin du 12e arrondissement, j’évoquais la séance Playtime de Tati en 70mm. La responsable de la billetterie lâcha un « Certainement pas. » sans appel. De la confiture aux cochons. La séance qu’on leur offrit était un obscur film dans une petite salle, en parallèle des séances évènements.
Nous avions interdiction de frayer avec les employés de la Cinémathèque ainsi que les abonnés.
Le courant passant très bien entre nous et les employés et abonnés, l’absurdité de telles consignes était toujours plus pesante à mesure que le temps passait.
Pour un simple bonjour échangé nous prenions des mines de résistants, parlant sans remuer les lèvres.
C’était grotesque à vivre.
Nous réalisions que la gestion de l’accueil des publics était confiée, en interne, comme en externe, à des personnes inaptes à le gérer.
La « cliente » de l’agence, Tiphaine C, était une personne complètement froide que l’on pouvait sentir presque craintive parfois et qui ne nous approchait que très exceptionnellement et toujours accompagnée.
Elle ne s’adressait qu’à nos chefs d’équipe.
Elle serait idéale en directrice d’établissement pénitentiaire.
Mais la Cinémathèque lui glisse entre les doigts.
Elle n’arrive pas à prendre prise et tente de durcir toujours plus son emprise dans un cercle vain.
Sa rigidité est en lutte constante avec l’énergie mouvante et  chaotique du lieu.
La cinéphilie et la passion qui draine les gens qui animent la Cinémathèque sont hors de la sphère d’influence d’une personne aussi assidûment formatée.
Elle est méprisée par tous, agents d’accueil, internes, abonnés.
Cette erreur qui perdure depuis des années est incompréhensible.
Inspirant la terreur et complètement inadéquate à ce poste, sa toxicité s’exerce sans limites.
Nos supérieurs hiérarchiques City One vivaient dans la crainte absolue de cette femme qui cinglait froidement ses exigences toujours grandissantes de contrôle, mise sous pression, volonté d’annihiler la singularité des rapports et de chacun.
Cette ambiance dépassant largement le cadre de l’accueil.
La situation est similaire pour les personnes internes, les rapports durs, empreints de tension.
Certaines situations perdurent malgré la souffrance, parce que la vocation de faire vivre la Cinémathèque est la racine de l’engagement de beaucoup.
Le sentiment d’être menacé de l’intérieur par une (des) présence(s) néfastes.
Un fait inédit et qui dure.
Le Ministère de la Culture, s’il a pu être à l’origine de certaines directions et objectifs, s’est sûrement trompé par manque de connaissance et de recul sur les particularités du lieu.
Peut-être l’image renvoyée par ces témoignages permettra une vision plus concrète de ce dont la Cinémathèque a besoin pour exister pleinement.
Il ressort un vrai traumatisme de nombreux anciens agents vis-à-vis de leur expérience City One.
Outre ceux qui témoignent, nombreux sont ceux qui refusent simplement de se replonger dans le sujet.
Les méthodes employées dépassaient tellement le cadre de ne ce que nous imaginions possible, tout cela était si caricatural, que pour ma part, je mis un long moment à réaliser l’ampleur du problème.
Car en parallèle notre équipe était très joyeusement soudée et nous avons développé un lien indéfectible malgré les chemins de chacun.
Nos rapports avec les employés internes étaient sains et solidaires.
L’un d’eux travaillait à la librairie et a été remercié depuis.
Il était parfait à ce poste et ce point de vue est unanime.
Eradiquer des personnes aussi idéalement à leur place pour la Cinémathèque est suicidaire.
Comment cela peut-il arriver ?
D’autres ont subi le même sort, comme Stéphane, projectionniste, doué, humain, passionné et solidaire avec les agents d’accueil.
Ces personnes ont bien entendu été éjectées sous de fallacieux prétextes au sujet desquels personne n’a été dupe.
Mais malgré l’empathie, chacun est terrorisé pour lui-même et peu s’expriment vraiment.
Ce tiraillement constant entre violence subie et vocation intacte est terriblement usant.
User les gens est la méthode employée par ceux qui s’attaquent à la passion.
User de méthodes harcelantes, culpabilisantes, mensongères, absurdes, subtiles ou grossières en fonction de l’interlocuteur.
Cela m’évoque la perversion narcissique et les conséquences psychologiques qui se révèlent à travers les témoignages, confirment cette impression.
Installer un climat nauséabond.
Un sentiment de gâchis teinte les rapports.
Les mots sont rares pour les raisons évoquées, mais les regards sont chargés.
Combien d’institutions peuvent se targuer d’inclure dans leur rangs des gens fous d’amour pour leur lieu de travail ?
Pour certains, comme nous agents d’accueil, ce poste ne nous serait insupportable en un autre endroit.
A la Cinémathèque, cela devient un engagement passionné.
Quels que soient les postes occupés, ce terreau n’est-il pas miraculeux ?
Simplement des gens heureux d’être à leur place et collaborant dans des conditions sereines et stimulantes avec leurs collègues, tout simplement.
Je souhaite évoquer le cas particulier d’une chef d’équipe City One qui était respectée par tous, City One, internes, abonnés, jusqu’aux directeurs de la Cinémathèque.
Son implication était une vraie locomotive pour toute l’équipe.
Courant toute la journée, transportant des cartons de programmes pour le réassort de l’accueil, remplaçant les agents en poste pour leur permettre de se rendre aux toilettes, voire fumer une cigarette.
Cinéphile passionnée, enthousiasmée par la programmation, fréquentant assidûment les salles, connaissant les habitudes de chaque habitué, maîtrisant sur le bout des doigts, tous les ressorts de la Cinémathèque.
Son travail était parfait, mais son éthique lui interdisait de se plier à certaines consignes concernant les abonnés que l’on souhaitait écarter au maximum.
Elle connaissait ces gens, avec qui elle avait tissé des liens d’estime voire d’amitiés.
Cette humanité n’entrait ni dans les critères de Tiphaine C, ni dans ceux de City One.
Sincère et incapable de se composer un visage ou de mondanité elle passait pour insolente.
Elle devint la personne à abattre, la frondeuse.
Ils réussirent l’impensable avec méthode et acharnement.
L’équipe d’accueil fut violemment choquée de ce départ sans fondements autres que la quête de domination absolue de quelques personnes libres de tous scrupules.
Tout ce qui nous soudait s’effondra définitivement.
L’injustice de la situation occasionna des départs précipités de près de dix personnes sur quinze, y compris le mien.
J’assistais à l’effondrement d’une collègue que je prenais dans mes bras.
En l’espace d’un mois, ils avaient réussi.
Notre amour du lieu ne pouvait, à ce stade, plus lutter contre le cynisme et l’acharnement.
Nous ne serions jamais soumis, ils nous éliminèrent.
Pour revenir à notre chef d’équipe  et illustrer à quel point elle était légitime à ce poste, elle fut l’une des rares (sinon la seule) à être reçue en entretien par la direction, dans l’optique d’une embauche en interne.
Adoubée à tous les échelons de l’organigrammeinterne, mais pas assez docile, pour Tiphaine C et City One.
Lorsque monsieur Toubiana prétends ne pas comprendre le problème et réponds à Anna en tentant de la faire passer pour une midinette rêvant de cinéma (Libération) il fait preuve d’un cynisme et d’un mépris assez stupéfiants.
Par ailleurs il se défile en axant sa réponse sur le cas individuel d'Anna, alors que cette situation a été vécue par tous les employés dans la même situation et ce depuis des années.
Il y a un véritable paradoxe entre sa posture philosophique, politique et disons le mondaine et les conditions de travail du personnel externalisé.
Lorsqu'il prétend n'en avoir jamais rien su, c'est un mensonge éhonté.

Il y a eu des mouvements de grève qu'il n'a pu ignorer, des réunions de crise organisées par les délégués syndicaux qui nous soutenaient très activement.
Pour mémoire voici le texte de la pétition qui a été rédigé à l’époque (2010) par des syndiqués en interne :

 
Communiqué du CHSCT
de la Cinémathèque française
 
 
Depuis 2005, et la réouverture de la Cinémathèque française sur le site du 51 rue de Bercy, de nombreux changements dans la gestion du personnel ont été organisés. La direction a décidé de faire appel à des sociétés extérieures pour l'accueil et la billetterie.
 
L'accueil et la billetterie étaient jusqu'ici tenus par du personnel employé directement par la Cinémathèque française. La société externe comme la loi l'exige a été  choisie par appel d'offre. En 2005 c'est la société « Ceritex » qui a été désignée. Elle a très vite fait l'objet de nombreuses critiques de la part des organisations syndicales, pour les raisons suivantes :
 
- Harcèlement de ses salariés
- Remise des plannings au dernier moment
- Gestion incohérente de ses équipes
 
Fin 2007, le contrat de la société « Ceritex » n'a pas été renouvelé à la date d'expiration de l'appel d'offre et une équipe d'accueil entièrement nouvelle est venue s'installer sur le site. La direction de la Cinémathèque française a au cours de ce changement expliqué qu'elle prenait en compte les revendications des organisations syndicales et qu'elle s'assurait que « City One », la nouvelle entreprise, respecterait le droit du travail. Force est de constater que ça n'a pas été le cas.
 
En juillet 2008 une jeune chef d'équipe réputée pour ses compétences à été licenciée par la direction de City One.  Fin 2009, deux chefs d'équipe ont été forcés de démissionner par cette même direction. Ces départs forcés et précipités entraînent au sein de l'équipe la terreur du moindre faux pas et l'incapacité de se défendre syndicalement.
 
Le CHSCT pense que le recours à des appels d'offre pour des sociétés externes d'accueil et de billetterie est un processus pervers en ce qu'il offre une prime au moins disant social. De plus cela entraîne la précarisation permanente des personnels issus des entreprises choisies, puisqu'ils vivent dans la menace permanente de la perte du marché et de leur éviction du site.
 
Le CHSCT de la Cinémathèque française estime que la gestion de l'accueil de l'association par des sociétés externes ne peut pas engendrer des conditions de travail satisfaisantes pour la santé morale et physique des équipes d'accueil.
 
Il préconise donc :
- L'arrêt du processus de recrutement de société externe d'accueil et de billetterie par appel d'offre.
- L'embauche du personnel d'accueil de la société City One (y compris les personnes mutées ou forcées à la démission) par la  Cinémathèque française attendu qu'il a déjà fait ses preuves et reste le plus à même à assurer la continuité du rendu aux spectateurs.
 
 
Pétition:
 
Les subventions du ministère de la Culture
ne doivent plus servir à enrichir des entreprises privées qui ne respectent pas les droits des salariés !
 
C'est avec indignation que vous avez sans doute appris le départ précipité de deux agents d'accueil. Ceux-ci pourtant réputés pour leur sérieux et leur professionnalisme, sont tombés en disgrâce auprès de leur direction qui les a forcés à la démission. Ils sont les victimes de plus d'une doctrine managériale aveugle qui depuis 2005 vise à transformer le personnel d'accueil de la Cinémathèque française en salariés kleenex licenciables du jour au lendemain.
De nombreux salariés ainsi que des abonnés ont déjà fait part de leur indignation quant à cette gestion scandaleuse de l'accueil qui, outre son coût humain, ne peut à terme que nuire à l'image de l'association.
Pour cette raison les représentants du CHSCT demandent aux salariés de signer cette pétition qui demande à la direction de la Cinémathèque française :
 
- L'arrêt de l'externalisation de l'équipe d'accueil
- L'embauche immédiate des salariés de l'entreprise City-one
 
Nom                 Prénom            Signature

Tout le monde à la Cinémathèque était au courant de la situation, de Gavras au plus petit sous-fifre.