J’ai aussi travaillé pour City One, non pas à la cinémathèque française mais au musée Jean-Jacques Henner, dans le 17ème arrondissement de Paris. J’étais hôtesse d’accueil. J’ai eu un premier CDD de trois semaines en septembre 2012 et un second d’une semaine en octobre, la même année. J’avais 24 ans, je venais de terminer mes études en Allemagne, mon pays d’origine. J’avais décidé de m’installer en France. Je ne connaissais rien du droit du travail français et j’ai fait naïvement confiance sur ce point à la société qui m’employait. J’ai aussi vécu de l’intérieur la restructuration de cette société et l’arrivée de Cristina G. Elle est venue sur notre lieu de travail pour se présenter auprès du personnel et de la direction du musée. Elle m’a fait monter dans le bureau de la secrétaire générale et m’a humiliée devant elle. Nous étions trois dans la pièce et elle parlait de moi à la troisième personne, comme si je ne méritais aucune considération, moi petit personnel. Elle voulait contrôler la qualité de mon travail auprès de mes supérieurs. Elle m’a regardée de la tête aux pieds avec dédain et lancé « vous pensez qu’elle s’habille correctement ? ». J’avais l’impression d’être une bête de foire, j’étais très gênée. La secrétaire générale semblait mal à l’aise également. J’ai eu le sentiment d’être méprisée mais je n’ai pas pu me défendre. A cette époque, je ne maitrisais pas encore assez bien le français pour réagir. Pour City One, recruter des étrangers ou des étudiants sans expérience du monde du travail présente un gros avantage. Ils ne connaissent pas leurs droits et sont donc à la merci de l’employeur. Le moment le plus traumatisant de cette expérience à City One reste celui où j’ai décidé d’arrêter de collaborer avec eux. C’était à la fin de mon deuxième contrat. Je venais de trouver un CDI dans un domaine qui correspondait à ma formation en audiovisuel. J’ai écrit un mail à ma responsable pour l’informer que je ne serai plus disponible pour d’éventuels prochains contrats. Elle m’a appelée lors de mon dernier jour de travail, elle était furax. Selon elle, je ne pouvais pas accepter un CDI ailleurs sans son autorisation, je ne pouvais pas quitter mon poste du jour au lendemain, même si mon contrat se terminait le jour-même et que je n’avais aucune information quant aux prochaines embauches. Elle m’a même affirmé que si j’arrêtais de travailler avec City One, je devrais leur verser des indemnités car ils ne trouveraient personne pour me remplacer dans l’immédiat. J’étais désemparée. Encore une fois, j’étais limitée par mon niveau de français. Et surtout, j’étais persuadée d’avoir fait une faute. Je me suis effondrée. Mes collègues ont assisté à cette scène. Ils m’ont réconfortée et expliqué que non seulement on pouvait mettre un terme à un CDD mais qu’en plus, si celui-ci était terminé, j’étais libre de faire ce que je voulais. C’est vraiment sans regret que j’ai quitté City One.